Écoféminisme et développement : L’impasse de l’essentialisation du lien femme/nature

Karine Gagné (Université de Montréal)

Résumé

Cet article porte sur l’écoféminisme, perspective féministe environnementaliste dont le fondement repose sur l’identification d’un lien biologique entre la femme et la nature. Je démontre que l’écoféminisme, en particulier sa variante indienne, est ancré dans une conception ontologique limitée, qui est fondée sur une vision idéalisée d’un passé harmonieux. Les images qui se dégagent de cette conception ont facilité le déploiement de l’écoféminisme dans certaines politiques de développement. Toutefois, parce qu’il ne questionne pas les rapports de pouvoir et les aspects matériels qui configurent la relation entre la femme et la nature, lorsqu’il est mis en application dans le cadre de projets de développement locaux, l’écoféminisme mène à une impasse, car il contribue au renforcement de certains dogmes et emprisonne les femmes dans une position qui leur est traditionnellement associée. Deux cas d’interventions de développement mises en place dans la région désertique du Rajasthan en Inde illustrent ce propos. Enfin, les limitations de l’écoféminisme sont mises en perspective à la lumière des récents écrits sur l’histoire environnementale de l’Inde et sur le développement postcolonial.

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